Vacances de Noël, presque finies

Publié le par philia

jack2.jpgAlors que je pensai en avoir terminé avec le Père Noël pour cette année, vos commentaires m'ont invitée à poursuivre mes recherches... Voici les pensées d'une dame qui a suffisamment écouté les enfants pour nous dire qu'elle croit, croyait au Père Noël... A méditer pour les fêtes de Noël 2008, çà nous laisse le temps d'y penser...
A lundi... au lycée.

Françoise Dolto : Je ne crois pas que les parents se sentent obligés de faire des cadeaux, je pense qu’ils sont heureux de les faire – comme toujours d’ailleurs, quand on fait des cadeaux c’est parce que ça nous fait plaisir -, mais en plus à cette période-là, il y a l’intérêt de ce mythe, du mythe du père Noël car je ne crois pas que c’est un rite, c’est plus un mythe.  L’intérêt c’est que c’est un cadeau (ou des cadeaux) que l’on donne au nom du père Noël et non pas au nom de soi, père, mère, parrain, marraine, mai des enfants. Les adultes disent et font croire – et ils y croient presque – que ce n’est pas eux qui les donnent. Quand je dis qu’ils y croient presque, c’est parce que, souvent, ils donnent à ce moment-là un cadeau qu’ils ne donneraient pas dans l’année, vraiment ils mettent de côté de l’argent pour que ça soit un beau Noël. Et ce beau Noël est quelque chose qui relie les parents à leur propre enfance dans la relation à leurs parents. Les parents qui ont eu des Noël tristes veulent que leurs enfants aient un Noël gai parce qu’ils se mettent à leur place, « Comme j’aurais aimé l’avoir, je le donne à mes enfants ». Et les parents qui ont eu des Noëls trop débordants de cadeaux – car ça arrive – savent que les enfants préfèrent égrener les cadeaux tout au long de l’année et donc, à Noël, ils ne donnent pas tout ce qu’ils pourraient donner. Ca dépend absolument des parents. Et je crois que c’est une époque où les parents prennent un peu de recul par rapport aux cadeaux qu’ils donnent, et qu’ils les donnent autant à leur enfant qu’à eux-mêmes quand ils étaient petits, et la même chose au Nouvel An (…)

 

 

Au fond, le père Noël est un lutin géant, et puis c’est quelqu’un qui n’a pas eu de père, pas eu de mère, enfin quelqu’un d’imaginaire (…)

 

C’est un vrai cadeau, oui. Et surtout ne jamais confisquer un cadeau qu’on a donné à Noël sous le couvert du père Noël, parce que l’enfant n’y comprend rien, et ne pas dire non plus : « C’est le père Noël qui viendra te le reprendre », car alors ce n’est  plus un père Noël (…) Parce qu’il a disparu, le soir de Noël il n’y en a plus, c’est fini, ce n’est pas un fantôme qui va venir reprendre ce qu’il a donné (…)

 

J’y crois justement parce que c’est important qu’il y ait cet adulte hors de la mode, hors du temps actuel, hors de la morale, alors qu’on demande à l’enfant d’être toujours d’accord, d’accord avec la morale, et le père Noël sait bien – il en a tant vu depuis le temps, il est vieux comme le monde – qu’un enfant ne peut pas être conforme au désir de ses parents. Il est comme il  est, il fait ce qu’il peut et c’est justement ce jour-là que l’enfant pourrait être déchargé de toute sa culpabilité de na pas être comme il faudrait être, et le père Noël fait ce qu’il peut. Et c’est important aussi, quand l’enfant désire un jouet, qu’on ne lui dise pas : « Il ne te l’apportera pas » (…)

 

Vous voyez c’est très important, parce que les enfants sentent très bien que c’est aussi les parents, mais les parents en tant que mythe de générosité dont l’enfant attend toujours qu’ils soient cela pour lui (…)

 

Le vrai cadeau, c’est celui que l’enfant attend, ce n’est pas lui donner mieux que ce qu’il attend. Il y a des enfants qui attendent quelque chose de minable (...) ne pas oublier que la moindre petite chose qu’ils désirent, qu’ils trouvent idiote mais qui est pour l’enfant quelque chose d’important, cette chose-là il doit la trouver dans son soulier.

 

Les cadeaux moches, ce sont ceux dont on sent que les parents ne veulent pas qu’on les démolisse, auxquels ils sont plus attentifs qu’au reste, alors qu’un cadeau doit appartenir totalement à l’enfant, quoiqu’il en fasse après. Et même s’il le donne à son voisin, ce qui prouve qu’il n’y tenait pas tellement. Il est à lui, il en fait ce qu’il veut. Le cadeau moche, c’est celui qui est retenu en partie ou en totalité par les parents. Un autre cadeau moche, c’est un cadeau qui ne permet pas l’imaginaire de l’enfant, où tout est là et il ne peut rien y changer ? Cà l’amusera dix minutes parce que c’est nouveau (…) Des cadeaux tout faits, des poupées qui parlent, qui pissent, qui crottent, qui font tout, qui marchent, si bien qu’on ne peut plus imaginer rien d’autre (…) les cadeaux moches, ce sont les cadeaux qui font plaisir aux parents et pas à l’enfant (…)

 

Le cadeau qui est donné par le père Noël, c’est un cadeau qui ne demande rien en échange. C’est çà la particularité de ce cadeau rituel donné par un être mythique (…) C’est un cadeau à l’enfance éternelle, donné par les adultes qui se savent promis à la disparition et qui veulent laisser un souvenir d’une fête par an à un enfant parce qu’eux-mêmes ont été enfants, et c’est un moment de rêve pour tous. D’ailleurs, on y met de la lumière, on y met tout ce qu’on peut de plus beau.

 

Extraits de   Parler juste aux enfants, entretiens avec Danielle Marie Lévy.

 

 

 

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Publié dans Infans

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